Méditation pour le 5e dimanche de Pâques

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 14, 1-12)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Que votre cœur ne soit pas bouleversé :
vous croyez en Dieu,
croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père,
il y a de nombreuses demeures ;
sinon, vous aurais-je dit :
‘Je pars vous préparer une place’ ?
Quand je serai parti vous préparer une place,
je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi,
afin que là où je suis,
vous soyez, vous aussi.
Pour aller où je vais,
vous savez le chemin. »
Thomas lui dit :
« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas.
Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond :
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ;
personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Puisque vous me connaissez,
vous connaîtrez aussi mon Père.
Dès maintenant vous le connaissez,
et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit :
« Seigneur, montre-nous le Père ;
cela nous suffit. »
Jésus lui répond :
« Il y a si longtemps que je suis avec vous,
et tu ne me connais pas, Philippe !
Celui qui m’a vu
a vu le Père.
Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ?
Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père
et que le Père est en moi !
Les paroles que je vous dis,
je ne les dis pas de moi-même ;
le Père qui demeure en moi
fait ses propres œuvres.
Croyez-moi :
je suis dans le Père,
et le Père est en moi ;
si vous ne me croyez pas,
croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Amen, amen, je vous le dis :
celui qui croit en moi
fera les œuvres que je fais.
Il en fera même de plus grandes,
parce que je pars vers le Père »

Source www.aelf.org

Méditation

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Je souhaite d’abord une bonne fête des mères à toutes celles qui le sont.  J’espère qu’elles auront toutes un moment de grâce avec leurs enfants, malgré le confinement.  Et en ce mois de mai à quelques jours de la fête de Notre-Dame de Fatima (13 mai), nous pouvons prier celle qui est notre mère à tous, à nous qui sommes devenus ce que nous avons reçu : le corps de son Fils, Jésus le Christ.

Alors que nous nous préparons au déconfinement, nous commémorons ce dimanche les 80 ans du début de la 2e guerre mondiale en Belgique.  En 1940, c’était un vendredi et le dimanche 12/05/40 on fêtait la Pentecôte.  Alors que nous n’avons plus communié depuis presque deux mois, le curé de Wavre de l’époque, aidé du sacristain et de quelques paroissiens, se forçait le mardi matin à vider un ciboire plein en s’empiffrant pieusement (si les deux mots ne sont pas opposés) d’hosties consacrées pour ne pas les laisser au milieu du champ de bataille[1].  Autres temps, autres soucis…

Aujourd’hui, les questions sont différentes mais la Parole de Dieu continue à nous inviter à être créatifs.

C’est qu’on a fait du chemin depuis le matin de Pâques où chacun s’étonnait devant un tombeau vide qui ne laissait transparaître aucune trace d’effraction qui puisse laisser deviner un vol de cadavre. Ces deux dernières semaines, nous avons entendu st Pierre témoigner le jour de la Pentecôte de la résurrection de Jésus qui est Seigneur et Christ.  Le dimanche après Pâques, au milieu des alléluias, nous avons vu à quoi ressemblait une communauté chrétienne idéale : « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; » (Ac 2,44).  Mais la belle unité ne dure qu’un temps et une lune de miel ne dure pas toute la vie d’un couple.  Nous voyons aujourd’hui dans la première lecture que les tensions apparaissent : « les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. » (Ac 6,1). Et on ne sait pas si le partage était fait de façon déséquilibrée ou si c’était les croyants de langue grecque, (c’est-à-dire les étrangers, les juifs et les convertis originaires de la diaspora qui venaient de s’établir en Judée) qui ne faisaient plus confiance à ceux de langue hébraïque, c’est-à-dire les juifs de souche.  C’est donc à la fois à un meilleur partage et à une mission d’apaisement (du type : « poussez pas, il y en aura pour tout le monde ») qu’on appelle sept hommes, tous de langue grecque. S’il y a 12 apôtres, comme les 12 tribus d’Israël, il y a 7 diacres, comme les 7 nations païennes de Canaan, la terre promise, quand les israélites y sont arrivés.  St Paul aussi sera un juif de la diaspora, originaire de la Turquie actuelle.

Laisserons-nous à notre table un peu de place à l’étranger ? ¯ Vous connaissez sans doute ce cantique (cliquez sur le lien pour l’écouter).  En arrivant en Belgique, le psychologue et conteur congolais Pie Tshibanda a pu s’intégrer plus facilement en se présentant dans une paroisse et en annonçant qu’il était l’étranger que la communauté avait chanté durant la messe.

Le Christ aussi a été étrange dans son pays, pas un étranger, mais le mouton noir qui ne fait pas comme tout le monde, qui ne respecte pas les us et coutumes, qui ne jeûne pas aux temps prescrits (Mc 2,18), qui s’invite chez les publicains (Mt 9,11), qui ne lapide pas les femmes adultères (Jn 8,1-11), qui parle aux samaritaines (Jn 4,1-42), etc.  C’est cette pierre qui a été rejetée et qui est devenue la pierre vivante qui fait vivre aujourd’hui 30% de l’humanité.

Cette pierre vivante nous dit aujourd’hui qu’il est le chemin et que nul ne peut aller vers le Père sans passer par lui.  Mieux, il dit que celui qui l’a vu a vu le Père.  C’est ainsi que vers 1480, Hugo Van der Goes, peintre flamand mort à Auderghem, peint une Trinité en donnant le même visage à Jésus-Christ et à Dieu le Père.

Croire en Jésus, c’est croire au Père.
Croire en Jésus, c’est reconnaître la bonté et la beauté de ses œuvres.
Croire en Jésus, c’est croire qu’il est le chemin, la vérité et la vie.
Croire en Jésus, c’est recevoir la force (à la Pentecôte nous recevrons l’Esprit de conseil et de force) qui nous permet de faire les mêmes œuvres, et même d’en faire de plus grandes. (Jn 14,12)

Croire en Jésus nous permet – comme l’écrit st Pierre dans la 2e lecture – de porter les titres glorieux de :

  • Descendance choisie
  • Sacerdoce royal
  • Nation sainte
  • Peuple destiné au salut

La descendance nous donne les gênes divins.  Si nous voyons le Père en voyant Jésus, l’humanité voit Jésus en voyant les chrétiens, si nous croyons en lui.

Le sacerdoce royal fait de nous des prêtres et des rois.  Nous sommes les porte-parole de Dieu face au monde et les porte-parole du monde face à Dieu.

Nous sommes aussi une nation sainte, c’est-à-dire appartenant à Dieu le seul saint.  De même qu’on marque les animaux du troupeau pour identifier le propriétaire, l’apocalypse annonce qu’on marquera du sceau divin le front des serviteurs de Dieu (Ap 7,3).  Montrons-nous dignes d’un tel Père, en faisant ce qu’il nous demande.  Et ce qu’il nous demande, c’est le commandement nouveau que Jésus vient de donner juste avant le passage que nous lisons aujourd’hui : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres.  Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. » (Jn 13,34)

Nous aimer les uns les autres, pas seulement notre petit groupe, mais tous ceux que nous allons croiser, ceux qui pensent et agissent différemment de nous, comme les grecs et les hébreux de la première communauté chrétienne.  Et notre projet pastoral ? Comment allons-nous l’ouvrir à l’autre ? Comment allons-nous nous montrer créatifs et prêts à relever d’autres défis ? Comment allons-nous instaurer de nouvelles manières comme les apôtres, tous juifs de terre sainte, qui s’adjoignent des chrétiens originaires de l’étranger pour créer une nouvelle fonction, le service des tables ? Et ce sont ces mêmes chrétiens qui porteront la Bonne Nouvelle tout autour du bassin méditerranéen.

Notre période de confinement nous invite à creuser de nouveaux horizons.  Tenons-nous prêts, tenons-nous sur le seuil : le souffle de l’Esprit de Pentecôte s’apprête à nous emporter sur le Chemin, la Vérité et la Vie.

Amen.

Điacre François De Coster

[1] Le plan de bataille de l’armée belge prévoyait une ligne de front coupant la Belgique en deux du nord au sud et passant par Koningshooikt et Wavre, la ligne KW. Wavre devait être une ligne de front et tous les habitants ont été évacués les 13 et 14/05/1940.

Lien vers l’homélie-BD

Lien vers les pétales d’Evangile