19 avril 2020 : dimanche de la miséricorde divine : le sacrement des malades en Unité pastorale n’a pas lieu, mais il nous rejoint.

Alléluia, le Seigneur est sorti de son confinement alléluia !
Sur lui le confinement du tombeau n’a plus aucun pouvoir, alléluia !
La pierre qui le confinait a été roulée, alléluia !
Christ est passé de la mort à la vie. Il nous promet le déconfinement et la vie apaisée, alléluia, alléluia !

Bien-aimés, nous avions rendez-vous, en Unité Pastorale, pour amener au Christ, médecin des corps et des âmes, nos sœurs et frères malades, afin qu’il leur manifeste sa sollicitude, sa compassion et son empathie : en leur imposant les mains, en leur accordant le pardon des péchés et en les marquant de l’onction d’huile » (Jacques 5). Lui, « il pardonne toutes nos offenses et nous guérit de toute maladie ; il réclame notre vie à la tombe et nous couronne d’amour et de tendresse ; il comble de biens nos vieux jours … » (Ps 102, 3-5). D’habitude, nous amenons Jésus-Christ, dans les homes, les hôpitaux et à domicile, pour l’aider à rejoindre les membres souffrants de son Corps. Plusieurs fois, nous y célébrons la messe et y administrons le sacrement des malades ou du réconfort, comme le nomme frère Benjamin.  Une fois tous les deux ans, nous célébrons le sacrement du réconfort en Unité Pastorale : toute la communauté accueille, entoure et accompagne les sœurs et frères qui le demandent ardemment autour de la parole et du viatique. Ce qui accomplit ces écrits de Paul : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1Cor 12, 26). Une mission prophétique.

Cette année, les lieux de nos rassemblements sont vides. Le coronavirus en a décidé autrement. Contrairement aux visiteurs accompagnant le paralytique dans la maison où se trouvait Jésus (Mc 2, 1-12), ou dans la maison de la belle-mère de Pierre (Mt 8, 14-17), nous ne pouvons pas amener nos proches malades à l’église Saint Julien. Les personnes fragiles, vulnérables et en détresse n’ont pas accès au Temple ni à la synagogue. Tout semble fermé et verrouillé : pas d’accès en communauté, beaucoup d’édifices étant fermés par une grosse pierre coronavirale. Sont-ils pour autant abandonnés et voués au désespoir ? Non ! Jésus lui-même les rejoint : «pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies » (Mt 8, 17).

« J’étais malade et vous êtes venus jusqu’à moi » (Mt 25, 36.39). Durant ce temps difficile, Jésus, Bon Pasteur, incarné par le personnel soignant, les proches ou les autres mains qui prennent soin des malades, rejoint les personnes alitées chez elles. Comme la femme hémorragique, les malades pourront le toucher par la force de leur foi et obtenir guérison et soulagement (Mt 9, 20-22). Ils entendront sa voix : « ta foi t’a sauvé » (v. 22).  Pour Jésus, « ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades » Mt 9, 12). En ce temps difficile, ce ne sont plus les visiteurs ni les proches qui amèneront les malades vers le Ressuscité, mais c’est vraiment le Christ, qui a vaincu la souffrance et la mort, qui les rejoint, chacun chez lui, dans sa situation et son état. Il vient rouler la pierre du confinement de chaque patient pour lui dire : « viens dehors » (Jn 11, 43) ! Pour lui demander : « que veux-tu que je fasse pour toi » (Mc 10, 51) ? A certains, il dit : « confiance, ta foi t’as sauvé » (Mt 9, 22). Quel bonheur de recevoir une bouffée d’oxygène et de voir le confinement cesser d’être un affolement. La pierre de la maladie qui nous confinait au point d’asphyxier notre vie, est en train d’être roulée. Le Christ, qui a vaincu la souffrance et la mort, nous a rejoints là où nous sommes : là où la douleur, la tumeur, le mal, la détresse, la peur, la panique, l’angoisse, le traumatisme, les soucis ou le désespoir, nous accablaient. Christ a grandement réouvert la fenêtre de notre espérance. Il dit : « la paix soit avec vous, chez vous et en vous » (Jn 20, 19).

Comme les Apôtres, prisonniers du confinement dans une maison à la fois fermée et verrouillée, Jésus nous rejoint dans les zones intimes et vulnérables qui confinent notre existence. Il nous apporte la paix : car la maladie nous prive de paix et de joie de vivre. Il vient nous habiter pour nous redire : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » (Mt 14, 27). Même si Thomas ne comprend pas la portée des paroles qu’il prononce : « si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas !» (Jn 20, 25) : la preuve que Jésus est ressuscité, ce sont les marques de sa passion. Il leur montra les cicatrices de ses blessures pour révéler que c’est vraiment lui. C’est ainsi qu’il se rend présent et qu’il peut nous rejoindre en nous et chez nous, même si nous sommes enfermés comme la communauté des disciples. Jésus n’a pas besoin que nous nous déplacions. Il nous a aimés le premier, et nous a rejoints le premier dans notre humanité en tant qu’Emmanuel. C’est lui qui fait toujours le premier pas, comme le Samaritain : « Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai » (Lc 10, 33-35). Des gestes et des mots forts chargés de compassion et de tendresse. Se faire proche et prendre soin, c’est faire preuve de solidarité fraternelle et de sollicitude miséricordieuse, qui rayonnent par l’amour, la bonté et la générosité. Prendre soin, en vivant dans la proximité de la personne qui souffre, afin de panser ses blessures et de payer sa rançon : c’est révéler le visage de la miséricorde divine qui s’écrie : « Je veux la miséricorde, non le sacrifice » (Mt 9, 13).

« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant » (Jn 20, 27). Notre foi en la miséricorde de Dieu nous pousse à faire confiance, « même sans voir ». Elle nous inspire la confiance, même lorsque Jésus dit à distance : « va, ton fils est en vie ». Notre foi devrait nous pousser à dire : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, dis seulement une parole, et ton serviteur sera guéri » (Mt 8,8). La télé foi et la télé espérance permettent à la grâce du Ressuscité de nous atteindre, de nous affecter et d’agir en nous au-delà du temps et de l’espace. Par sa miséricorde, le Seigneur répare les fissures du pot brisé de notre corps d’argile, en y mettant de l’or et du diamant, au point de lui redonner plus de valeur. Et lorsque les erreurs, les pesanteurs et les boues de notre existence éclaboussent notre amitié avec lui et avec nos proches, il nous considère avec une sollicitude paternelle, fraternelle et maternelle, repue de tendresse, de douceur, de délicatesse et de respect. Quand nous avons un problème dans notre relation, il nous apprend à amputer le problème et non la relation. Car couper la relation, c’est couper l’amour et la personne ; c’est tout perdre et gâcher. La relation est le chemin de la résurrection, le chemin de la vie et de la santé. Alors, soyons sans crainte, « Jésus est venu pour que tous aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10). Bénéficions donc de la présence, de la prière et de la grâce du Ressuscité qui nous rejoint chez nous et du Saint-Esprit « qui intercède pour nous et en nous, par des cris inexprimables » (Rom 8, 26-27). Soyons rassurés que « le ressuscité est avec nous tous les jours et dans toutes les circonstances de notre existence, jusqu’à la fin des temps ». Alors, à la maison, chez nous, entourons nos proches malades et prions sur eux avec foi : nos mots et nos gestes deviendront un sacrement du réconfort et d’apaisement pour eux et pour nous-mêmes. Disons simplement : « Seigneur, celle (celui) que tu aimes est malade, viens vite à son chevet » (Jn 11, 3). Et le Seigneur fera le reste dans sa miséricorde et sa compassion.

CHARLES CLAVER NDANDU  

 

Ceux et celles qui souhaitent poursuivre la réflexion trouveront en suivant ce lien une méditation de Sr Véronique Margron et en suivant celui-ci, l’homélie-BD de Luc Aerens