Merci Frère Christian !


CHRISTIAN

Il ne veut aucun éloge…

Peut-être se méfie-t-il, avec sagesse d’ailleurs, de tout ce qu’on peut dire !
Aurait-il par là retenu l’enseignement du psalmiste qui assure qu’il est bon de mettre un frein à sa langue, je ne pourrais l’affirmer.

Mais ce que je sais c’est que la parole et la voix sont le support et le cri d’un cœur qui aime… La question du « comment dire ? ou comment transmettre ? » l’occupe, le préoccupe, voire même le taraude…

On m’a demandé de dire quelque chose….de lui exprimer nos remerciements… mais les gesticulations protocolaires l’agacent, et voilà qu’il se fatigue déjà de tout boniment qu’on pourrait évoquer à son endroit.

Me faut-il donc dire quelque chose ? Ou nous faut-il seulement honorer la tâche accomplie avec réserve et reconnaissance, pour l’exercice merveilleux de son sacerdoce de prêtre… ?

Belle mission que voilà puisqu’elle fait pour nous du ciel, le plus haut et le plus beau coin à vivre sur la Terre.

Mais cet homme là préfère réserver l’encensoir pour l’autel de Dieu, son Maître.

Alors vaudrait-il mieux nous fondre au Très Bas avec lui en ce silence, vœu et ferment essentiel  de la vie monastique à laquelle il s’est offert ?

On ne sait pas trop qui il est….il se dessine un sourire en coin, vous aborde avec ce rien d’insolence sournoise et se risque à la plaisanterie puis s’en va déambulant…des couloirs de monastère aux rues désertées de la ville et de nos quartiers…il est l’homme qui marche….

Sa chevelure grisonnante, son allure un peu déglinguée d’éternel adolescent, hésitant entre le jeans et la bure….nous donne l’image du pèlerin infatigable !

Disciple et frère de Frère François, il nous est venu, des contrées transalpines.

Le cœur en révolte, devant les délabrements des âmes et des consciences, il a donc traversé les Alpes et les heures froides des pèlerinages terrestres !

S’est-il fait accompagner de saint Bernard ? Je veux parler de ce grand chien de haute montagne qui porte autour du cou un breuvage fort, pour ressusciter l’âme et le corps.  La chose est probable.

Vous étonnerez-vous donc que les tribulations de son ministère l’amenèrent ainsi, après un temps au beau pays de France, à s’occuper d’un irréductible village gaulois, aux accents étonnants de belgitude surréaliste…

A-t-il pu en apprécier toutes les saveurs, nous l’espérons… !

Mais il a rencontré en ce lieu de ferveur et de verdure toutes nos consciences inquiètes qui lui ont donné l’opportunité de parler tant aux oiseaux…qu’à nous ses ouailles !

Et parler aux oiseaux il l’a fait, très conscient de sa mission devant Dieu et devant les hommes, on peut dire qu’il nous a pris par la main, parfois même il a poussé ce qu’il appelait « le coup de gueule » du Père Buffoni !

Il nous fallait répéter « Amen … ! », non pas un petit Amen riquiqui chuchoté au fond de la nef, mais un Amen qui a du coffre et du sens et qui ferait vibrer la planète entière de cet amour de Dieu en lequel il a investi, sûr de nous offrir là le plus beau retour sur investissement.

Parce que je vous l’affirme malgré ses accents de révolte, malgré son peu de goût pour la diplomatie, il aime l’Eucharistie, il l’aime pour le Christ et il l’aime pour nous à travers lui !

Gravée jusqu’un son prénom Christian, cette rencontre avec le Christ il l’a toujours voulue forte, intime et merveilleuse.

Il a pétri pour nous sa Parole à travers des homélies de haut vol, dénonçant les grimaces des convenances pour saisir la vague forte de l’Esprit qui à chaque fois pourrait nous ragaillardir !

Lui, dont la vocation s’est en partie dévoilée au travers des liturgies des ombres et de la mort, était de toute sensibilité près de ceux qui perdaient un être cher. Mais il rappelait aussi à ceux qui venaient solliciter un mariage ou un cheminement spirituel toute l’exigence qu’oblige le nom et titre de chrétien !

Le voilà aujourd’hui en partance…il nous manquera… !

Il s’en va…non pas en Provence près le chant des cigales comme il en a peut-être rêvé, mais à Nantes, comme chapelain de communauté, repos dans la prière…

Il le mérite, nous l’avons suffisamment fatigué !

Il lui faudra maintenant haranguer l’océan, un interlocuteur à sa hauteur, il s’en ira porter sa voix forte jusqu’à l’inaccessible rive d’un ciel immense….

Merci Christian, Merci Monsieur le Vicaire, Merci frère… Porte nous dans ta prière et garde en souvenir non seulement les bons soins de médecine de notre petit pays, mais toute l’amitié et la reconnaissance de tous ces fols paroissiens de quatre clochers enfouis sous les brumes du Nord.

Qui peut-être tendant l’oreille, saisiront l’écho du grand Large et le souffle de ce grand cœur pèlerin. Peut-être nous surprendrons à nous fredonner ensemble, par-delà la distance, un chant ou une prière qui nous rassemble…et qui Lui ressemble !

Noi ti auguriamo un Buon viaggio, un buon soggiorno nel la pace del Christo ! Arrivederci e grazie per tutto !

Pour la communauté de Notre-Dame de Val-Duchesse, Jacques Delforge

Merci à Marc-Antoine Sepulchre pour la photo